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Il faut un à deux ans de pratique pour savoir réaliser une échographie cardiaque, et 42 jours d’attente médiane en France pour en obtenir une. Olivier Moal, CPO et cofondateur de DESKi, explique comment l’IA peut ouvrir ce premier examen à d’autres soignants, sans leur confier la décision médicale.
Sophie Doyen
5
min de lecture
Olivier Moal, cofondateur de Deski, invité de la deuxième édition de L’IA au scanner.
En bref
L’IA guide la sonde et indique quand l’image est exploitable. L’interprétation et la décision restent médicales.
Dans une étude sur 240 patients, 100% des examens réalisés avec le logiciel de DESKi, étaient de qualité diagnostique.
Avant de déployer, trois conditions : l’intégration aux équipements existants, la relecture par un expert et la preuve d’un bénéfice pour les patients.
Pour cette deuxième édition de L’IA au scanner, votre rendez-vous bimensuel sur les transformations de l’IA en santé, j’ai échangé avec Olivier Moal, cofondateur et Chief Product Officer de DESKi.
Deux chiffres ont retenu mon attention. Il faut un à deux ans de pratique pour savoir réaliser une échographie cardiaque. Et en France, le délai médian pour en obtenir une atteint 42 jours, jusqu’à 164 jours dans certains départements
Et si d’autres soignants pouvaient réaliser une partie de l’examen, guidés par l’IA ? C’est le pari de DESKi avec HeartFocus, un logiciel qui guide le geste échographique en temps réel, autorisé par la FDA et commercialisé aux États-Unis depuis 2025.
1. Un examen essentiel, mais réservé aux experts
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité dans le monde. L’évaluation du cœur intervient à de nombreux moments du parcours : aux urgences, chez le généraliste, ou en oncologie, où de nombreux traitements sont toxiques pour le cœur.
Le problème, c’est la difficulté de l’examen. Le cœur est caché derrière les côtes, il bouge, et il faut l’observer sous plusieurs angles pour l’évaluer.
« L’échographie cardiaque, c’est de loin la plus compliquée. Tout le monde est d’accord là-dessus. »
HeartFocus ne vise pas à remplacer l’échographie complète réalisée par un cardiologue. Il s’agit d’un premier examen au chevet du patient, qui aide à répondre à des questions simples, par exemple : faut-il voir un cardiologue ?
2. L’IA guide le geste, le soignant garde la main
Pendant l’examen, le logiciel indique comment bouger la sonde : à droite, à gauche, l’incliner, la tourner. Olivier Moal compare l’expérience à un jeu vidéo.
Mais l’apport principal est ailleurs. L’image échographique est bruitée et difficile à lire. L’IA signale quand elle est assez bonne pour être interprétée, puis enregistre la séquence vidéo du cœur.
« Le plus dur quand on fait de l’échographie, c’est de savoir que l’image est bonne. »
Je lui ai demandé qui, au fond, interprète ces images. Tout dépend de qui réalise l’examen. Un urgentiste sait souvent lire ces images, sans toujours savoir les obtenir. Guidé, il peut interpréter lui-même, par exemple pour écarter un épanchement autour du cœur chez un patient en état de choc. Un infirmier, lui, transmet les images à un cardiologue, qui décide de la suite.
Ce modèle existe déjà en France. Le cardiologue Stéphane Lafitte, avec qui DESKi a construit le projet, a été l’un des premiers à faire réaliser des échographies par des infirmiers formés, avec relecture par un cardiologue. Une expérimentation nationale (article 51) teste aujourd’hui cette organisation dans les déserts médicaux.
3. Une IA qui se trompe, un expert qui relit
Je lui ai posé la question de la responsabilité : que se passe-t-il quand l’outil se trompe ? Olivier part d’un constat simple.
« On développe une IA qui va se tromper, c’est évident. Alors on fait une évaluation bénéfice-risque, classique en médecine : quel est l’impact d’une erreur, est-ce qu’elle peut être détectée ? On construit nos dispositifs et on prépare leur usage en sachant qu’on va se tromper. Ensuite, on fait en sorte de se tromper le moins possible. »
HeartFocus est un dispositif médical, conçu en évaluant le rapport bénéfice-risque de chaque erreur possible. DESKi définit pour qui l’outil est fait et comment l’utiliser. Dans ce cadre, un expert revoit toujours les images, et la responsabilité médicale reste celle du médecin qui les relit.
Les premiers résultats sont encourageants. Dans une étude sur 240 patients, menée à New York et au CHU de Bordeaux, huit infirmiers formés au logiciel ont réalisé les examens. 100% des examens réalisés avec le logiciel de DESKi, étaient de qualité diagnostique.
4. Ce qui conditionne le déploiement
Je m’attendais à ce qu’Olivier cite la formation comme premier frein. Il parle d’abord d’intégration aux équipements existants. Pour un soignant, devoir changer d’écran ou ajouter un appareil, c’est une contrainte de plus. DESKi travaille donc à rendre HeartFocus compatible avec les échographes déjà en place.
La formation est l’autre grand usage de HeartFocus. Aux États-Unis, certaines universités équipent chaque étudiant d’une sonde. Dans une étude randomisée menée avec l’école de médecine VCOM et présentée au congrès européen de cardiologie (ESC 2026), les étudiants formés une demi-journée avec HeartFocus avaient 6,5 fois plus de chances d’obtenir une image de qualité diagnostique qu’avec une formation classique.
« Le stéthoscope a d’abord été présenté comme un outil réservé aux experts. L’échographe est encore largement perçu comme ça aujourd’hui. »
Mais quel bénéfice pour les patients ? Combien de risques cardiaques détectés plus tôt, combien de patients mieux orientés ? Sur ce point, Olivier Moal reconnaît que les données manquent encore.
« Ce sont des chiffres clés, mais qui se construisent sur le long terme. »
Ce que je retiens de cet échange, c’est que l’IA ne rend pas l’échographie cardiaque facile. Elle déplace la difficulté.
Le geste et le contrôle de l’image sont assistés, mais c’est toujours un professionnel de santé qui interprète et qui décide.
Au fil de mes échanges avec les acteurs du secteur, je constate que l’outil n’est jamais tout le sujet. Ici, il faut aussi organiser la relecture par un expert, former les équipes et mesurer ce que l’examen change pour les patients.
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